Champ agricole illustrant l'usage du glyphosate pour le désherbage des cultures.

Glyphosate : définition, usages, risques et alternatives en agriculture

Le glyphosate est un herbicide systémique non-sélectif découvert en 1970 par la société Monsanto sous le nom commercial Roundup. Cette molécule de formule C₃H₈NO₅P agit en inhibant une enzyme cruciale pour la synthèse des acides aminés aromatiques chez les plantes, bloquant ainsi leur croissance et leur photosynthèse. Tombé dans le domaine public en 2000, il est désormais fabriqué par plus de 91 industriels dans une vingtaine de pays.

En France, le glyphosate s’est imposé comme la deuxième substance active la plus utilisée en agriculture, représentant environ 30 % des ventes d’herbicides depuis 2013, avec plus de 9 100 tonnes consommées en 2016. Son efficacité et son coût réduit l’ont rendu incontournable pour les grandes cultures, la viticulture, l’arboriculture et l’entretien des voies ferrées. Cependant, son utilisation par les collectivités dans les espaces publics est interdite depuis 2017, et sa vente aux jardiniers amateurs l’est depuis 2019.

Le glyphosate et son principal métabolite, l’AMPA, sont massivement détectés dans les eaux de surface françaises (43 % et 66 % des mesures respectivement), modérément présents dans les sols agricoles (21 % et 42 % des échantillons européens), et faiblement dans les eaux souterraines. Cette contamination environnementale généralisée, associée à des préoccupations sanitaires croissantes, a conduit la France à s’engager en 2017 à sortir progressivement du glyphosate d’ici 2022, malgré l’absence de substituts chimiques universels.

Qu’est-ce que le glyphosate et comment fonctionne-t-il

Définition et formule chimique du glyphosate

Le glyphosate est un herbicide synthétique classé comme un acide aminophosphonique. Sa formule chimique est C₃H₈NO₅P, et il est principalement connu sous le nom commercial de Roundup, initialement développé par la société Monsanto dans les années 1970. Ce produit se présente sous forme de poudre cristalline blanche et inodore. Bien qu’il soit modérément soluble dans l’eau pure, il devient très soluble lorsqu’il est formulé en tant que sel d’isopropylamine, ce qui facilite son application dans le domaine agricole.

Mécanisme d’action herbicide systémique

Le glyphosate agit en inhibant l’enzyme EPSPS (5-énolpyruvylshikimate-3-phosphate synthétase), un élément clé de la voie métabolique responsable de la synthèse des acides aminés aromatiques, essentiels pour la croissance des plantes. En bloquant cette enzyme, le glyphosate perturbe la photosynthèse et la croissance des végétaux. Sa nature systémique lui permet de se déplacer à travers toute la plante, y compris aux racines, tandis que son caractère non-sélectif signifie qu’il affecte toutes les plantes, y compris les cultures souhaitées. Cette combinaison d’effets en fait un outil puissant pour les agriculteurs dans la gestion des mauvaises herbes.

Différence entre glyphosate et ses formulations commerciales

La substance active glyphosate est souvent confondue avec les produits commerciaux qui l’utilisent. Après avoir perdu son monopole en 2000, de nombreuses entreprises ont commencé à commercialiser des formulations contenant du glyphosate, telles que Gibson, Freeway, et Kyleo. Ces produits ne se limitent pas à la seule substance active ; ils contiennent également des adjuvants, comme des tensioactifs, qui améliorent leur efficacité. Parmi les différentes formulations, on trouve des sels d’ammonium et de diammonium, qui sont conçus pour maximiser l’absorption par les plantes et optimiser les résultats de désherbage.

Usages agricoles et non-agricoles du glyphosate en France

Le glyphosate représente une part significative des ventes d’herbicides en France, avec environ 30 % du marché depuis 2013, et plus de 9 100 tonnes de matière active consommées en 2016. Son utilisation est variée, s’étendant des grandes cultures à la viticulture, en passant par l’entretien des voies ferrées.

  • Grandes cultures : Utilisé pour éliminer les mauvaises herbes entre les récoltes et avant le semis, facilitant le semis direct sans travail du sol.
  • Viticulture : Appliqué pour le désherbage entre les rangs et autour des pieds de vigne.
  • Maraîchage : Employé pour contrôler les adventices nuisibles à la croissance des cultures.
  • Utilisation par la SNCF : En 2017, la SNCF a utilisé environ 38,5 tonnes de glyphosate pour la gestion de la végétation sur les voies.

Depuis 2017, l’utilisation du glyphosate est interdite par les collectivités dans les espaces publics, et depuis 2019 pour les jardiniers amateurs selon la loi Labbé. En termes de volume, les usages non agricoles ont diminué, représentant 22 % du tonnage en 2011, réduit à 16 % en 2016.

Production mondiale et ventes en France

La production de glyphosate a connu une forte croissance depuis les années 1990, atteignant plus d’un million de tonnes en 2017, avec la Chine dominant le marché, fournissant environ 60 % de la demande mondiale. En France, les ventes ont progressé, atteignant un pic en 2018 avec des chiffres significatifs.

  • Chiffres de production : En 2017, 1 065 000 tonnes de glyphosate ont été produites, principalement en Chine, en Espagne, au Royaume-Uni et en Hongrie.
  • Ventes : Les ventes françaises de glyphosate, enregistrées par la BNV-d, sont passées de 6 tonnes en 2009 à 8,5 à 9,7 tonnes entre 2011 et 2018. En 2019, l’ANSES a annoncé le retrait de 36 autorisations de mise sur le marché en raison de préoccupations génotoxiques.

Le prix du glyphosate en coopérative varie entre 4 et 12 euros le litre, selon la concentration et les adjuvants présents dans la formulation. Cette accessibilité économique a contribué à sa large adoption dans les pratiques agricoles.

Risques sanitaires et classification cancérogène

Les préoccupations concernant le glyphosate ont été accentuées par des études indiquant un potentiel lien entre son utilisation et des risques sanitaires, notamment des cancers. En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé le glyphosate comme cancérogène probable pour l’homme (groupe 2A), soulignant des preuves d’association avec le lymphome non hodgkinien. Cependant, cette classification a été contestée par d’autres agences, y compris l’ANSES, qui a noté que les preuves de cancérogénicité ne sont pas suffisantes pour un classement plus sévère.

La Commission européenne a proposé de renouveler l’autorisation du glyphosate pour une durée de 5 ans, mais ce renouvellement a suscité des débats au sein des États membres, la France s’étant opposée à cette proposition. L’ANSES a été chargée d’examiner les demandes de réévaluation, en tenant compte de nouvelles données et études. La nécessité d’un examen régulier des classifications et de l’impact sur la santé publique est cruciale, étant donné la large utilisation de cet herbicide en agriculture.

Des études continuent d’évaluer les effets à long terme du glyphosate sur la santé humaine et l’environnement, mettant en lumière la nécessité d’une réglementation stricte et d’une recherche approfondie pour garantir la sécurité des consommateurs et des agriculteurs.

Alternatives aux usages du glyphosate

Face aux enjeux de santé publique et environnementale liés à l’utilisation du glyphosate, plusieurs alternatives sont envisagées pour réduire sa dépendance dans l’agriculture. Bien qu’aucun substitut chimique ne puisse remplacer toutes les applications du glyphosate, des solutions émergent.

  • Techniques de désherbage mécaniques : L’utilisation de méthodes telles que le labour ou le désherbage mécanique permet de contrôler les adventices sans recourir aux produits chimiques.
  • Bioherbicides : Des herbicides à base de substances naturelles, comme l’acide pélargonique, sont en développement et pourraient offrir une alternative moins toxique.
  • Pratiques culturales : L’introduction de rotations de cultures, de prairies temporaires et d’enherbement peut réduire la pression des adventices et diminuer le besoin d’herbicides.

La SNCF, par exemple, a annoncé qu’elle ne recourrait plus à l’utilisation de glyphosate pour l’entretien des voies ferrées à partir de 2021, en explorant des solutions comme le désherbage robotisé. Des initiatives similaires sont encouragées dans le secteur agricole, soutenues par des programmes de recherche et des fonds pour aider les agriculteurs à adopter ces alternatives.

FAQ

Qu’est-ce que le glyphosate ?

Le glyphosate est un herbicide systémique non sélectif, découvert par la société Monsanto dans les années 1970. Sa formule chimique est C₃H₈NO₅P. Il agit en bloquant une enzyme essentielle à la croissance des plantes, ce qui en fait un outil efficace pour éliminer les mauvaises herbes. Bien qu’il soit largement utilisé en agriculture, son utilisation dans les espaces publics est désormais interdite en France depuis 2017.

Quels sont les risques associés au glyphosate ?

Des études ont soulevé des inquiétudes concernant la sécurité du glyphosate, notamment son potentiel cancérogène. En 2015, le CIRC a classé le glyphosate comme cancérogène probable pour l’homme. Cependant, d’autres agences, comme l’ANSES, contestent cette classification, soulignant un manque de preuves suffisantes pour un classement plus sévère. Les débats sur ses effets sur la santé publique continuent d’être une préoccupation majeure.

Comment le glyphosate est-il utilisé en agriculture ?

En agriculture, le glyphosate est principalement utilisé pour contrôler les mauvaises herbes avant les semis et entre les cultures. Il est appliqué dans diverses filières, y compris les grandes cultures, la viticulture et l’arboriculture. En 2016, plus de 9 100 tonnes de glyphosate ont été consommées en France. Son utilisation est soumise à des délais avant récolte, variant de 7 à 90 jours selon les cultures.

Quelles alternatives existent au glyphosate ?

Face aux préoccupations environnementales, plusieurs alternatives au glyphosate sont explorées. Cela inclut des méthodes de désherbage mécaniques, l’utilisation de bioherbicides et des pratiques culturales telles que la rotation des cultures et l’enherbement. Bien qu’aucun substitut unique ne puisse remplacer toutes les applications, ces solutions visent à réduire la dépendance au glyphosate tout en maintenant l’efficacité de la gestion des adventices.

Vers un avenir sans glyphosate

Face aux enjeux sanitaires et environnementaux liés à l’utilisation massive du glyphosate en France, des alternatives émergent pour réduire progressivement la dépendance à cet herbicide. Bien qu’aucun substitut chimique universel ne soit encore disponible, des solutions techniques, agronomiques et réglementaires sont explorées pour limiter les risques et promouvoir des pratiques plus durables.

La SNCF a ainsi annoncé son abandon du glyphosate d’ici 2021, en faveur de méthodes de désherbage robotisées. De même, les collectivités et les jardiniers amateurs n’ont plus le droit d’utiliser ce produit depuis 2017 et 2019 respectivement. Dans le secteur agricole, des programmes de recherche et de soutien favorisent l’adoption de techniques de désherbage mécanique, de bioherbicides et de pratiques culturales innovantes pour réduire la dépendance au glyphosate. Bien que le chemin soit encore long, ces initiatives témoignent de la volonté de s’orienter vers une agriculture plus respectueuse de la santé et de l’environnement.

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